ombre digitale

Dramaturgie numérique, associations et logiciels libres

Rétrospective 2023

le 14 Jul 2024

#du web et des logs #Cabinet d'éthikmologie #Dramaturgie numérique #Robin Birgé #Jordan Guiz

Sommaire

    Écrire est peut-être l'une des activités les plus prenantes, les plus difficiles et engageantes que nous connaissions. Il y a plus d'un an déjà nous avons ouvert ce blog, avec l'intention en premier lieu de s'auto-contraindre, en prenant comme témoin un lecteur hypothétique, potentiel, fantasmé – autrement dit, vous –, dans le but d'écrire, d'exposer des textes qui engagent une vision et, pourquoi pas, l’amorce d’un dialogue par sa première réplique. Considérant qu'une règle est faite pour être interprétée et remise en question, quand bien même elle n'aurait pas encore eu le temps d'être mise en œuvre, il est déjà temps d'y déroger. Ne pensez pas pour autant que nos ambitions soient revues à la baisse. Mais pour écrire, la meilleur des choses est encore... d'écrire. Ce poste est peut-être très (trop) attendu, au regard d'un œil exigeant, mais il aura le mérite d'entretenir notre motivation, tout en faisant un point sur ce qui ne nous parait pas si inintéressant de partager. En commençant par une sorte de rétrospective de l’année 2023.

    Dramaturgie numérique

    Dramaturgie numérique ?

    L’un de nous étant dramaturge, il n’est pas étonnant que nos productions soient conçues sur le mode dramaturgique, et de plus en plus tournées vers des compagnies de théâtre ou des projets culturels et artistiques. Par dramaturgie nous entendons des manières de mettre en forme qui ne correspondent pas aux canons de la communication.



    La communication identifie une cible et un code qu’il suppose commun pour que le récepteur puisse recevoir et décoder le message.

    Communication entre une source et une cible
    ⟦▶ émetteur-encodeur⟧|-> ░message░encodé░ |-> ⨀ ⟦récepteur-décodeur⟧

    Cette manière de modéliser les interactions, en pré-supposant ce qu’une cible peut décoder, a tendance à produire de l’attendu. Il est en effet plus probable qu’un message soit bien réceptionné en utilisant à outrance des schémas prédéfinis, les plus répandu. Le web regorge de thèmes pré-définis, où les informations de navigation sont disposés à des endroits clefsun menu en entête, les boutons de réseaux sociaux dans le pied de page, etc.. Il n’est pas anodin de constater que la modélisation de la conception de la relation entre un émetteur et un récepteurNous allons vite en besogne ici en glissant vers un modèle producteur de contenu -> consommateur, à savoir en amalgamant le schéma communicationnel à celui de la vente et du marketing. Ce manque de discrimination ne manquera pas d’être comblé dans un prochain article., qui nous semble très utilisée dans le monde de la communication numérique, a été fondée en 1948 dans le cadre des télécommunications par Shannon et Weaver, sur le mode donc d’échanges entre deux téléphones, des postes de télévision ou des ordinateurs.



    La dramaturgie présuppose également que des pratiques et manières de faire sont plus ou moins partagées.

    Dramaturgie
    Auteur d’un projet -> exposition ~~> public

    Ce modèle implique de connaître les codes de communication partagés, ou plutôt des manières de faire et de voir dans un univers de représentations symboliques, pour les détourner, faire un pas de côté dans les habitudes, non pas dans l’objectif d’atteindre sa cible, mais d’exposer un projet à un public non prédéfini, et qui n’a peut-être rien demandé. Le meilleur état d’espritEn tout cas c’est le nôtre est de se considérer soi-même comme premier spectateur de son exposition et, en retour, de considérer le public comme potentiellement un auteur qui puisse répondre de manière imprévisible.

    Dramaturgie dialogique
    Auteur -> Public≋Auteur ~~> Public≋Auteur ~~> …

    Cette démarche est plus qualitative, et se soucie moins d’une cible à atteindre que de la rencontre de deux entités pensantes, dont la première, l’auteur d’un site internet, expose la première réplique d’un dialogue. Son public est considéré comme varié et indéterminé. Le risque est pris : les visiteurs seront peut-être moins nombreux. Mais la rencontre peut commencer.

    Si le modèle de communication entre émetteur et récepteur nous parait trop simplifiant pour penser la relation entre un auteur et un public, il nous parait somme toute très pratique en ce qui concerne internet et les réseaux techniques, qui viennent s’intercaler, comme un média, dans la relation avec le public.

    Dramaturgie numérique dialogique
    Auteur → ⟦▶ |-> ░░░ |-> ⨀⟧ ~~> Public≋Auteur ~~> ⟦⟧ …

    Des exemples

    En 2023, nous avons commencé par la dramaturgie de la fleuriste Acanthequi préfère d’ailleurs le terme Marchande de fleurs, sur le mode du cabinet de curiosités. Nous avons poursuivi avec l’univers hypno-somatique de Roxane Manguin. Deux sites qui nous paraissent à la fois remplir une mission assez simple de communicationUne communication pensée sur le mode dramaturgique ! Ce qui complexifie nos modèles exposés plus haut…, comme trouver des horaires d’ouverture ou un formulaire de contact, tout en faisant un pas de côté sur les pratiques. Des sites simples à première vue, mais qui tentent de perturber le regard. Nous poursuivons lors d’une résidence de territoire avec la collective Pieds au mursDes plasticiennes et scénographes se présentant ainsi : « Basé à Strasbourg, le collectif explore les relations humaines et les rapports de l'individu à son tissu urbain, en proposant aux participant.e.s et spectateur.rice.s des formes ludiques, performatives et réflexives. » : https://collectifpiedsaumur.fr à Emmaüs Mundo. Nous aurons le temps d’y revenir longuement dans deux prochains articles. Nous avons travaillé également pour le site internet de la compagnie Granit-SuspensionLe site n’est pas encore en ligne à l’heure de la rédaction de l’article : https://granit-suspension.org/ en explorant leurs univers et la 3D. Dans le cadre du prolongement du spectacle NewLabourMystery de la compagnie Rêves Tétus, nous produisons également une dramaturgie numérique, mais de cela nous en reparlerons une autre fois.

    Mais aussi...

    Nous sommes également ravis d’avoir travaillé avec deux associations à but non-lucratif :

    • Ô delà de la lune, une association « qui accueille et accompagne les histoires de vie intime et sexuelle dans un mouvement créatif. Ô delà de la Lune œuvre à la sensibilisation et l’information sur la santé sexuelle et à la prévention des violences sexuelles en privilégiant l’interaction et le médium de l’Art. »
    • Feed the Culture une association de distribution alimentaire pour le secteur culturel et évènementiel en région bruxelloise ».

    De nouvelles relations

    Des "relations", nous en nouons de toutes sortes. De qualités différentes, que nous aimons qualifier fonction de nos intérêts, et de la puissance de la vision du monde que nous partageons. Ce n'est pas la qualité intrinsèque des personnes dont il est question, mais bien la _caractéristique des postures, et l’engagement des parties qui crée un type de relation dans le travail . De la pure relation commerciale (le client), à celui distancié (le touriste), à celui qui s'implique et s'engage à toute étape (le co-constructeur), voir avec qui nous partageons une vision du monde commun (le complice). Cette catégorisationQui mériterait un argumentaire plus développé peut s'étendre et s'adapter à toute relation, et notamment avec les partenaires. Il s'agit de toutes les personnes et entités auxquels nous avons à faire pour la réalisation de nos projets, avec qui nous nous engageons avec plus ou moins d'intensité. Nous en avons avec qui nous avons de grandes affinités sur certains points, sur une démarche générale non-lucrative et de transformation des habitudes numériques, à l'instar de notre association Mailodie. En premier lieu l'association strasbourgeoise ARN-FAI, qui nous permet de propulser des services libres sur des serveurs locaux, administrés par des bénévoles, sur du matériel de récupération optimiséLà où des services professionnels sur-dimensionneraient leurs infrastructures pour des besoins de résilience et de développement, il s'agit ici d'exploiter au maximum le matériel. . Suite au rachat de notre hébergeur Gandi, nous nous tournons progressivement vers des acteurs plus à notre goût, comme la coopérative d'hébergement Ouvaton"Où va t-on" ensemble, c'est bien la question qui nous empêche encore de qualifier nos relations de complices., ou encore l’entreprise d’hébergement islandaise 1984Dont nous utilisons les serveurs DNS mais également les offres mutualisées pour des sites légers conçus avec le CMS Grav., engagé dans la liberté d’expression, en proposant des serveurs écologiquesBien que nous nous méfiions toujours de telles intentions – un serveur est toujours polluant, notamment pour sa fabrication. Ceci-dit, le climat froid islandais permet de refroidir les serveurs à moindre coût, et leur électricité provient en partie de géothermie et d’autres énergies renouvelables.

    Services libres

    Depuis quelques mois nous commençons à recenser les polices d'écritures libres, issues de fonderies libres. Notre typothèque est accessible ici, et nous mettons à jour une liste de fonderies ici.

    Dans le cadre de Mailodie, nous maintenons plusieurs services pour nos adhérents, qu'il s'agisse d'un bloc-note collaboratif, de services de visioconférences, d’un cloud, d’agenda, etc.

    Par ailleurs, nous nous engageons de plus en plus dans la communauté du logiciel libre. Nous ne contribuons pasBien que le code que nous produisons est toujours libre en principe, ne nous voilons pas la face : nous ne publions pas nos codes, pour la simple raison que notre faible économie ne nous permet pas encore de prendre ce temps. Or, si le code n’est pas publié, bien que notre déclaration et notre intention soit de le qualifier de libre, il est en pratique, non-libre… directement au code des logiciels que nous utilisons, mais nous apportons notre aide à notre échelle. Tout d'abord, nous les utilisons, et nous en parlonsComme dans ce petit article - la manière la plus directe de les faire vivre. Nous les documentons régulièrement, et aidons à leur prise en main, notamment via la documentation mise en ligne sur le site de mailodieNous nous efforçons par exemple de mettre à jour la liste des logiciels que nous utilisons et sur lesquels nous pouvons apporter de l'aide des membres de Mailodie et du Cabinet d'éthikmologie. : https://doc.mailodie.fr/. Nous nous engageons également à faire remonter les bugs, de manière que nous espérons de plus en plus systématique, aux développeurs des logiciels que nous utilisons. Cela parait anodin, mais demande du temps, précieux pour les développeurs.. Pour finir, la manière la plus "normale" de les aider...et peut-être moins belle que les deux premières est la voie économique.

    Financement

    Chaque mois depuis janvier 2023, le Cabinet d'éthikmologie reverse une petite partie de ses revenusC'est pourquoi notre aide est fluctuante fonction de nos activités. aux logiciels libres que nous utilisons au quotidien.

    En premier lieu, nous avons contribué à notre gestionnaire de contenuLe logiciel qui permet de propulser un site internet de manière dynamique, comme notre site. favori, Grav.

    En février, nous soutenions le client de messagerie Thunderbird. Des manières de discuter, nous en avons testées pleins... notre préférée (et loin devant !) reste encore le courriel. Tout le monde (ou presque) possède une adresse mail. Chacun est maître du choix de son serveur, en auto-hébergeant chez lui, ou par un prestataire, qu'il choisit par habitude, ou mieux, pour des raisons idéologiques. La technologie même qui porte les courriels permet de choisir son interface, qu'elle soit sur le webIl s’agira alors d'un webmail., ou par l'intermédiaire d'un logiciel de son choixLe fameux client mail : Thunderbird pour exemple de logiciel libre sur ordinateur, ou K-9 mail sur Android. Le courriel est relativement fiable, il est peu contraignant dans son formatageLe courriel peut être brut, ou enrichi par une complexe mise en forme., peut être facilement archivé, etc. À première vue, rien d'exceptionnel. Sauf que ce n'est pas l'évidence aujourd'hui. Songeons aux réseaux sociaux privatifs : avec un compte Facebook, Whatsapp, Twitter, Instagram, vous ne pouvez communiquer qu'avec d'autres utilisateurs qui possèdent eux-mêmes un compte chez eux, et qui doivent utiliser leurs servicesDepuis leurs sites internet ou en installant leurs logiciels sur téléphones, qui ne sont pas réputés pour leur légèreté et leur "discrétion" - pour ne pas dire qu'ils sont tout à fait invasifs.. Nous aimons donc la technologie du mail pour ce qu'elle permet. Pas grand-chose (des échanges de courriels). Et tout à la fois, en choisissant tous les "acteurs de la chaîne"Ce qui est bien triste, c'est d'en arriver à devoir écrire ces lignes, qui sont motivées par un constat que tout le monde connaît : gmail et hotmail ont réussi le tour de force de privatiser et monétariser à une échelle planétaire nos échanges mails... Nous n'accepterions pas que nos discussions, privées ou publiques, dans la rue ou dans un appartement, soient enregistrées en continu à des fins marchandes. Mais nous l'acceptons pour les courriels, par simple habitude, alors que rien (mais alors rien du tout) ne nous y contraint, tant les acteurs autres, portant des idéologies aussi diverses que variées, existent… C’est ce que certains nomment à juste titre, à la suite des sociétés disciplinaires, la société de contrôle..

    Pour qu’un site fonctionne, il faut tout un ensemble de logiciels installés sur un ordinateur distant. Le système d’exploitation libre que nous avons souhaiter soutenir, YunoHost, est utilisé par l’association ARN-FAIVoir plus haut qui héberge le site de mailodie par exemple, et nous a été plus qu’utile pour notre résidence à Emmaüs. Mais de cela, nous en reparlerons une autre fois !

    Notes

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